Histoire du Quercy : 20 000 ans de récit, des grottes ornées à André Breton

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Comprendre le Quercy, c’est lire un livre de pierre ouvert depuis 20 000 ans : grottes ornées du paléolithique, dolmens des causses, cités médiévales, bastides, châteaux de la guerre de Cent Ans et villages figés dans leur âge d’or. L’histoire du quercy explique tout ce que le visiteur admire aujourd’hui, des chevaux peints du Pech Merle aux ruelles de Saint-Cirq-Lapopie. Voici le grand récit de cette province, période par période, avec pour chaque époque les lieux où la toucher du doigt pendant votre séjour.

La préhistoire : le berceau des artistes

Le récit commence sous terre. Les cavités des causses ont abrité les hommes du paléolithique, qui y ont laissé certaines des plus anciennes œuvres d’art de l’humanité : à la grotte du Pech Merle, les chevaux ponctués et les mains négatives ont plus de 20 000 ans et se contemplent encore en version originale, privilège rarissime. Les grottes de Cougnac, près de Gourdon, conservent elles aussi des peintures authentiques. Ces sanctuaires témoignent d’une fréquentation humaine continue des vallées du Lot et du Célé, riches en abris sous falaise, en eau et en gibier.

Au néolithique, les hommes sortent des grottes et marquent les plateaux : le causse de Limogne concentre l’une des plus fortes densités de dolmens de France, des centaines de mégalithes dressés il y a environ 4 000 à 5 000 ans au bord des chemins blancs. Les croiser en randonnée, entre murets et chênes pubescents, reste l’une des émotions discrètes du Quercy : ces tombeaux collectifs sont les plus anciens monuments encore debout du département.

Gaulois et Romains : Cadurques et vignes

À l’âge du fer, le territoire est celui des Cadurques, peuple gaulois qui a laissé son nom à Cahors et au Quercy lui-même. Ces farouches alliés de Vercingétorix résistent à César jusqu’au siège tragique d’Uxellodunum, l’un des derniers actes de la guerre des Gaules, que la tradition situe sur les hauteurs de la vallée de la Dordogne lotoise. La romanisation transforme ensuite le pays : Cahors, alors Divona Cadurcorum, devient une cité prospère dotée de monuments dont subsiste l’arc dit de Diane, et la vigne s’installe sur les terrasses du Lot, ouvrant deux mille ans d’histoire du vin de Cahors.

Le Moyen Âge : l’âge d’or quercynois

C’est au Moyen Âge que le Quercy prend le visage qu’on lui connaît. Les abbayes structurent d’abord le territoire : Figeac, Marcilhac-sur-Célé, Souillac essaiment églises et prieurés, tandis que Rocamadour devient à partir du XIIe siècle l’un des plus grands pèlerinages de la chrétienté, visité par les rois après la découverte du corps attribué à saint Amadour en 1166. Les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle irriguent la province, laissant un héritage aujourd’hui inscrit à l’UNESCO, du pont Valentré à la basilique de Rocamadour.

Le commerce fait le reste. Cahors devient aux XIIIe et XIVe siècles une place bancaire de premier plan européen, dont la richesse finance le pont Valentré, commencé en 1308, et les hôtels marchands du centre ancien. Figeac prospère sur les routes du négoce, Martel sur ses foires. Et sur son rocher au-dessus du Lot, Saint-Cirq-Lapopie s’organise autour de son fort seigneurial, partagé entre les grandes familles des Lapopie, des Gourdon et des Cardaillac : artisans du bois, tourneurs et chaudronniers font la réputation du bourg, dont les maisons à encorbellements datent pour beaucoup de cette prospérité médiévale.

La guerre de Cent Ans : la frontière déchirée

Au XIVe siècle, le Quercy bascule dans la tempête. Province frontière entre couronnes de France et d’Angleterre, ballottée par les traités, elle subit chevauchées, sièges et compagnies de routiers pendant plus d’un siècle. C’est l’époque qui hérisse le pays de forteresses : Castelnau-Bretenoux dresse son enceinte rouge face à la Dordogne, les châteaux verrouillent chaque vallée, les églises se fortifient et les maisons fortes se plaquent contre les falaises, comme le château dit des Anglais à Cabrerets. Le fort de Saint-Cirq-Lapopie, enjeu stratégique disputé, sort très éprouvé du conflit.

La paix revenue, le pays se relève lentement, repeuplé et reconstruit. Puis les guerres de Religion du XVIe siècle rouvrent les plaies : Cahors est prise d’assaut par Henri de Navarre en 1580, des abbayes comme Marcilhac sont ruinées, et le fort de Saint-Cirq-Lapopie est finalement démantelé sur ordre royal, laissant les vestiges que l’on gravit aujourd’hui au sommet du rocher de la Popie. Paradoxe fécond : ces destructions et l’appauvrissement qui suivit ont figé villages et bourgs dans leur écrin médiéval et Renaissance, préservant ce que la prospérité aurait modernisé.

De la Renaissance aux gabarres : le Quercy classique

Entre les tempêtes, le Quercy connaît ses heures brillantes. La Renaissance sème ses joyaux : le château de Montal et sa façade sculptée, Cénevières transformé en demeure de plaisance au-dessus du Lot, Assier et le palais fastueux de Galiot de Genouillac, grand maître de l’artillerie de François Ier. Les siècles suivants sont ceux de la rivière marchande : les gabarres descendent le Lot chargées de vin noir, de bois et de produits du pays, halees au retour par le chemin creusé dans la falaise que les marcheurs empruntent aujourd’hui à Bouziès. Écluses, ports et quais rythment alors la vallée, de Cahors à Cajarc.

Le XIXe siècle : phylloxéra et exode

Le XIXe siècle commence en croissance et s’achève en hémorragie. Le chemin de fer détrône la batellerie, puis le phylloxéra ravage à partir des années 1870 le vignoble, pilier économique du pays : des dizaines de milliers de Quercynois prennent la route de Paris, de Toulouse ou de l’Argentine, où leurs plants de malbec feront fortune. Les campagnes se vident, les villages s’endorment, et Saint-Cirq-Lapopie, qui comptait encore ses artisans tourneurs, décline doucement. C’est ce Quercy assoupi, intact faute de moyens pour se transformer, que le siècle suivant redécouvrira émerveillé.

Le XXe siècle : Breton et la renaissance

La redécouverte vient des artistes. Dès l’entre-deux-guerres, peintres et écrivains s’éprennent des villages de la vallée ; après la guerre, André Breton, père du surréalisme, achète une maison sur la place du Carol à Saint-Cirq-Lapopie et y écrit la formule restée célèbre : il a « cessé de se désirer ailleurs ». Le village devient un foyer d’artistes, prélude à sa renaissance touristique. Parallèlement, les vignerons replantent et reconstruisent le vignoble, jusqu’à l’appellation Cahors obtenue en 1971 ; la spéléologie, née à Padirac avec Martel en 1889, ouvre le monde souterrain au public ; et les classements s’enchaînent, Plus Beaux Villages de France, Grand Site, parc naturel régional des Causses du Quercy, jusqu’au titre de village préféré des Français décerné à Saint-Cirq-Lapopie en 2012.

Où toucher l’histoire : les lieux par époque

  • Préhistoire : la grotte du Pech Merle à Cabrerets, les dolmens du causse de Limogne, les phosphatières du Cloup d’Aural.
  • Antiquité : l’arc de Diane et les collections archéologiques à Cahors.
  • Moyen Âge : Rocamadour, le pont Valentré, Figeac, Martel, et les ruelles de Saint-Cirq-Lapopie avec son église de 1522.
  • Guerre de Cent Ans : Castelnau-Bretenoux, les maisons fortes des falaises, les vestiges du fort de la Popie.
  • Renaissance : Montal, Cénevières, Assier.
  • Ère des gabarres : le chemin de halage de Bouziès et les écluses de la vallée.
  • XXe siècle : la maison d’André Breton sur la place du Carol et les ateliers d’artistes du village.

C’est la grande force de l’histoire du quercy : elle ne se lit pas dans les livres mais sur le terrain, à ciel ouvert et sous terre, en randonnée comme en visite. Chaque époque a son monument, chaque monument son village, et le voyageur curieux compose son propre cours d’histoire en sillonnant les vallées. Vingt millénaires en un séjour : peu de destinations françaises peuvent en promettre autant, et aucune ne le raconte dans un aussi beau décor.

D’où vient le nom du Quercy ?

Du peuple gaulois des Cadurques, farouches résistants à César, qui ont aussi donné son nom à Cahors, l’antique Divona Cadurcorum.

Quel fut l’âge d’or du Quercy ?

Aux XIIIe et XIVe siècles : Cahors est alors une place bancaire européenne majeure, Rocamadour un pèlerinage visité par les rois, et les cités marchandes comme Figeac et Martel prospèrent. Le pont Valentré, commencé en 1308, date de cet âge d’or.

Pourquoi tant de châteaux dans le Lot ?

Province frontière entre France et Angleterre, le Quercy a subi plus d’un siècle de chevauchées et de sièges : c’est l’époque qui a hérissé le pays de forteresses comme Castelnau-Bretenoux et de maisons fortes plaquées aux falaises.

Qu’est-ce qui a figé les villages du Quercy ?

Le phylloxéra, qui ravage le vignoble à partir des années 1870, et l’exode rural qui suit : les campagnes se vident, mais les villages figés dans leur passé échappent ainsi à la modernisation, préservant le patrimoine admiré aujourd’hui.

Quel écrivain a rendu Saint-Cirq-Lapopie célèbre ?

André Breton, le père du surréalisme, qui acheta une maison sur la place du Carol après la guerre et écrivit y avoir « cessé de se désirer ailleurs ». Sa présence fit du village un foyer d’artistes.

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